[Bonnes feuilles] – L’IA est-elle toujours réservée aux géants de la vente en ligne ?

Alors que les grandes entreprises du secteur de l’e-commerce ne remettent plus en question l’intégration de l’IA, les PME/TPE du même domaine se demandent encore si elles y ont accès. Est-il à leur portée sur le plan technique et financier d’adopter cette voie ? Cet article est extrait du livre : Booster ses ventes en ligne avec l’intelligence artificielle.

 

 

 

En 2021, Alibaba a cumulé 118,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et Amazon touche toujours des sommets avec un chiffre d’affaires astronomique de 470 milliards d’euros. On se rend facilement compte de l’hégémonie de ces leaders du e-commerce, en comparant ces chiffres d’affaires avec celui du numéro 1 français Cdiscount qui culmine « seulement » à 2.2 milliards d’euros. Avec des moyens financiers énormes et leurs capacités à capter les talents des data sciences, les géants de la vente en ligne vont toujours plus loin dans la recherche et le développement d’applications de l’IA. Indéniablement, ces grands noms du e-commerce ont une avance impressionnante sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans leur process. Ils maîtrisent ces technologies qui sont devenues le support de leur croissance et une aide essentielle pour gérer des catalogues de produits tentaculaires.

Dans ce contexte ultra-concurrentiel où ces mastodontes se taillent la part du lion, il est évident que nos petits e-commerçants français sont confrontés à des obstacles pour démarrer leur transition vers un système intégrant des briques d’IA. Des questions tout à fait légitimes se posent en effet. Si de grandes enseignes françaises comme la Fnac, La Redoute ou encore Décathlon se sont lancées dans cette course à l’IA, quid des plus petits ecommerçants pure player ou s’adressant à des marchés de niche ?

Est-ce que pour tout ce panel de sites de vente en ligne, l’IA est un bon investissement ? Certes, des problématiques techniques et humaines se posent, mais sont-elles insurmontables ? De toute évidence, il est impossible de rattraper les leaders sur ce chemin, ce n’est de toute façon pas l’objectif de ce profil de e-commerçants TPE/PME. Le sujet est surtout de garder sa place et de continuer à se développer. La vente en ligne est par essence basée sur le numérique, il est donc naturel que l’augmentation de son chiffre d’affaires passe par une évolution technologique. Une fois que les difficultés sont identifiées (difficulté à recruter des spécialistes de l’IA, le manque de données, le coût d’implémentation, etc.), des solutions sont possibles pour les résoudre. Le principal est surtout de ne pas perdre de temps et d’avancer vers le futur.

 

Les réponses de Chirine Ghedira-Guegan, professeur des universités à l’IAE Lyon School of Management Lyon 3

Est-ce que pour vous l’intelligence artificielle va devenir indispensable pour survivre dans la jungle du e-commerce ? Est-ce que ceux qui n’ont pas commencé à s’y intéresser risquent de se faire évincer totalement du business ?

L’IA ne va pas devenir indispensable, elle l’est déjà et il est temps pour les vendeurs d’apprendre à l’intégrer dans leurs activités. En effet, le commerce électronique mondial représente actuellement près de 11 % du commerce mondial, et cela va continuer à croître de manière exponentielle grâce à l’IA. De la conception d’expériences d’achat personnalisées à l’existence de personal shoppers virtuels, l’IA est et sera associée au e-commerce. Dans une étude datant de 2018, 41 % des entreprises interrogées considéraient l’automatisation, la robotique et l’intelligence artificielle comme un sujet de première importance. Cela peut être un outil clé pour améliorer la performance, la rentabilité et la compétitivité de l’entreprise. Les rapports montrent que l’intelligence artificielle a le potentiel d’augmenter la rentabilité des entreprises de 38 % en moyenne d’ici 2035. Au cours de la prochaine décennie, nous verrons l’influence de l’IA en première ligne sur le commerce électronique. Comprendre les habitudes humaines et les comportements des consommateurs est essentiel pour gérer une entreprise prospère, que ce soit en ligne ou hors ligne. Il est par conséquent important de s’y mettre à petite dose en tenant compte des moyens de la structure. En fonction des ressources, il faut voir comment l’IA peut s’intégrer dans leur business. Quel que soit l’angle d’attaque et l’objectif recherché, il y aura un bénéfice indéniable pour le e-commerçant. On ne peut pas rester sur la touche mais on ne va pas non plus y aller tête baissée, il faut préparer un business plan pour intégrer cette IA rationnellement.

 

Aujourd’hui l’IA est très utilisée par de grosses enseignes du e-commerce, pensez-vous qu’elle va se démocratiser et devenir accessible à toutes les tailles de e-commerce ? Est-ce que le risque n’est pas que l’on perde une certaine diversité de choix et que les grosses enseignes absorbent tout le marché à cause de leur avance sur l’IA ?

Par définition, l’IA est la capacité d’une machine à effectuer des tâches de manière intelligente, comme l’apprentissage et la prise de décision, à l’image de ce que pourrait faire un être humain. En conséquence, l’IA n’est pas une technologie aussi complexe qu’on pourrait le croire. Un e-commerce, peu importe sa taille, génère des masses de données qui proviennent de multiples canaux. Même chez un tout petit e-commerçant, il y a une génération d’une certaine volumétrie qui constitue des conditions parfaites pour l’apprentissage automatique. Néanmoins, il ne faut pas occulter le coût de la mise en œuvre de l’IA qui a besoin d’outils, de plateformes, et souvent d’une équipe spécialisée. De nombreux e-commerçants de toute taille tentent déjà de prendre le train, de se différencier en utilisant des formes diverses d’IA pour mieux comprendre leur client, d’essayer de générer de nouveaux prospects et d’offrir une expérience client bien meilleure. Je pense que c’est sur cet aspect de différenciation que les plus petits devraient travailler.

Selon les moyens et les objectifs, cibler l’automatisation, via un bon moteur d’automatisation des flux de travail basé sur des règles, peuvent fournir les mêmes résultats à un coût réduit pour de nombreuses fonctions du e-commerce. De même, un algorithme de recommandation de produit n’a pas toujours besoin d’IA, pas plus qu’un processus de devis ou de paiement personnalisé. Des algorithmes d’apprentissage simples peuvent suffire pour créer des services conversationnels intelligents qui répondent aux besoins des clients. Il faut savoir évaluer ses besoins et sélectionner les endroits où l’IA aura une vraie valeur ajoutée, cela permet d’aller vers une solution à sa mesure et de rester dans la course.

 

Les réponses de David Pelletier, Expert référencement SEO/SEA – fondateur de Webitics

Est-ce que le développement de l’IA est pénalisant pour les plus petits e-commerçants, ou au contraire, peut-on dire qu’il s’agit d’une opportunité pour maintenir le cap face aux grandes enseignes ?

Forcément nous sommes encore au début de cette technologie, et je pense que le ticket d’entrée pour les petits e-commerçants est plus important que pour un site qui a pignon sur rue. Après, je reste persuadé que plus l’IA va se démocratiser, plus on va trouver des solutions accessibles à tous les e-commerces, comme on a pu le connaître avec d’autres fonctionnalités par le passé. Jasper.ai est d’ailleurs un bon exemple puisque le pack starter débute à 29$/mois. On devrait voir rapidement des modules se démocratiser qui permettent au plus grand nombre d’utiliser l’IA. Pour l’instant, contrairement aux grandes enseignes qui ont déjà une longueur d’avance sur le déploiement de l’IA, cela reste une option onéreuse pour les petits, ou alors il faut y aller par petite brique.

 

Mais si ces petits e-commerces ne se préparent pas maintenant à intégrer l’IA, les écarts risquent tout de même de se creuser ?

Oui tout à fait. Ma préconisation pour les petits sites ecommerces est de commencer à se documenter pour comprendre, et intégrer des modules d’IA petit à petit qui soient pertinents pour ne pas rater le wagon. Après forcément sur des IA ultra-complexes et spécifiques à mettre en œuvre, seuls les gros pourront y aller. Avant même de parler d’IA, il faut rappeler que de nombreux sites e-commerce ont des problématiques techniques de base et que bien souvent ils ont du mal à faire évoluer leur socle technique. Il est donc important d’avoir une gestion très propre de son site, de bien respecter les sujets essentiels et principaux, de penser efficacement son offre produit, et de bien savoir pourquoi on vend tel ou tel produit, avant même de réfléchir à l’intégration de l’IA. Une IA intégrée sur un modèle déjà obsolète n’aura évidemment pas les mêmes impacts que sur un projet mature. En revanche, l’IA permettra sans aucun doute de faire franchir des paliers à des sites e-commerce, petits ou gros. Dans de petites organisations, elle pourra faire gagner beaucoup de temps et justement compenser le retard avec les gros. La rédaction des fiches articles via une IA est un très bon exemple puisqu’à très court terme un petit site ecommerce pourra reprendre et optimiser ses fiches produits et ainsi améliorer une partie de son référencement. Plus une entreprise a des effectifs limités plus le gain de temps est primordial et c’est dans ce sens-là que l’IA sur des sujets très précis et opérationnels prend tout son sens.

 

Cet article est extrait du livre : Booster ses ventes en ligne avec l’intelligence artificielle

 

 

A propos des auteurs :

Cédric Sibaud est directeur associé et expert e-commerce chez OpenStudio.

 

 

 

 

Céline Patissier est journaliste de formation avec une spécialisation en radio et presse écrite. Elle a forgé sa plume au sein de nombreuses rédactions, avant de se consacrer à la communication des entreprises. Depuis avril 2020, Céline Patissier met son expérience journalistique au service de l’entreprise OpenStudio en vulgarisant les concepts autour de l’intelligence artificielle et des métiers du numérique.

 

 

 

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